14-04-2026 02:22 - Au sommet de l’État, la guerre silencieuse

 

Au sommet de l’État, la guerre silencieuse

SHEMS MAARIF - Depuis l’accession du président de la République au pouvoir, un souffle d’espérance avait accompagné la promesse d’un renouveau politique et administratif. Un gouvernement rapidement constitué, adossé à un programme ambitieux, avait d’abord donné le sentiment d’une dynamique réelle, malgré les perturbations liées à la pandémie de Covid-19.

Cependant, cette impulsion initiale s’est progressivement étiolée. À la suite d’un premier remaniement et de la nomination d’un nouveau Premier ministre, une phase d’activisme soutenu avait pourtant laissé entrevoir une volonté de remise en ordre de l’appareil administratif.

Visites de terrain, réunions sectorielles et directives opérationnelles semblaient annoncer une reprise en main. Mais cet élan fut brusquement interrompu, sans que les raisons en soient clairement explicitées, ouvrant la voie à une impression durable de stagnation.

Depuis lors, les successions à la tête du gouvernement n’ont pas réussi à enrayer ce sentiment de paralysie diffuse. Chaque tentative de relance paraît se heurter à des forces d’inertie ou à des équilibres internes fragiles, comme si l’administration se refermait sur elle-même dès qu’une dynamique de transformation s’esquissait.

Au cœur de cette configuration, les tensions internes jouent un rôle de plus en plus déterminant. Rivalités d’influence, logiques de positionnement et règlements de comptes feutrés finissent par altérer la cohérence de l’action publique et détourner l’énergie gouvernementale de ses priorités essentielles.

Le cas de l’actuel Premier ministre est fréquemment évoqué à cet égard. Sa volonté affirmée d’imprimer une autorité forte et d’exiger une discipline stricte au sein de l’exécutif est perçue, par certains, comme une ligne de fermeté nécessaire ; par d’autres, comme une pratique exacerbant les fractures internes. Dans ce climat, toute divergence tend à être interprétée non comme une contribution au débat, mais comme une forme de défiance, alimentant ainsi un cycle d’exclusion et de méfiance.

Par ailleurs, cette dynamique interne ne manque pas d’affecter le dialogue politique initié par le président de la République. Conçu comme un espace de concertation et de consolidation nationale, ce processus semble aujourd’hui en proie à des lenteurs notables. Les divergences au sein même de la majorité, ainsi que les arbitrages implicites et les calculs de positionnement, en affaiblissent la cohérence et la portée.

Dès lors, la majorité présidentielle apparaît traversée par des lignes de fracture qui limitent sa capacité à parler d’une seule voix. Cette fragmentation, souvent silencieuse mais persistante, brouille la lisibilité de l’action publique et fragilise la mise en œuvre des réformes.

Dans ce contexte, l’analyse ne saurait se limiter aux seuls équilibres internes. Elle s’inscrit dans un environnement international marqué par une forte instabilité économique, des recompositions géopolitiques rapides et des tensions sécuritaires persistantes dans l’espace sahélo-saharien. Ces facteurs externes exigent, plus que jamais, une cohésion interne sans faille.

Le front intérieur doit, en conséquence, se présenter comme un bloc solide, cohérent et discipliné. Car la crédibilité de l’action extérieure et la capacité de l’État à défendre ses intérêts stratégiques dépendent étroitement de la stabilité de ses équilibres internes et de la clarté de sa chaîne de décision.

À défaut, les divisions, les rivalités et les logiques de confrontation risquent d’affaiblir non seulement l’efficacité de la gouvernance, mais également la résilience globale du pays face aux défis de son environnement régional.

Ainsi, au-delà des trajectoires individuelles, c’est bien la qualité de l’architecture politique et administrative qui se trouve interrogée : sans cohésion réelle, sans discipline collective et sans vision partagée, les ambitions de réforme demeurent vulnérables, tandis que les contraintes du temps présent, elles, ne cessent de s’intensifier.

Yedaly Fall

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