19-08-2026 18:00 - Analyse qualitative et quantitative du rapport 2024-2025 de l'Inspection Générale d'Etat (IGE)

ANALYSE QUALITATIVE ET QUANTITATIVE DU RAPPORT 2024-2025 DE L’INSPECTION GÉNÉRALE D’ÉTAT (IGE)
1. Synthèse exécutive
Le rapport 2024–2025 montre une IGE en nette professionnalisation, mais encore dans une phase de transition entre une inspection principalement orientée vers le constat et une institution moderne de contrôle fondée sur les risques, l’investigation et le suivi des suites.
2. Analyse quantitative de l’activité
Indicateur | 2024–2025
Missions exécutées | 35
Missions clôturées | 28
Missions en finalisation | 7
Missions suspendues | 4
Montant contrôlé | 32,862 Mds MRU
Impact financier des dysfonctionnements| 2,375 Mds MRU
Impact / montant contrôlé | ≈ 7,2 %
Recommandations | 771
Actions exécutées | 231
Les 28 missions clôturées correspondent à 11 missions en 2024 et 17 missions en 2025. Sur deux années, les 35 missions exécutées représentent environ 17,5 missions par an ; les missions clôturées représentent environ 14 par an.
3. Origine des missions : programmation, saisine et auto-saisine
Origine | Nombre | Part des 35 missions
Programmées | 28 | 80,0 %
Sur saisine | 5 | 14,3 %
Auto-saisines | 2 | 5,7 %
Total | 35 | 100 %
L’auto-saisine ne représente donc que 5,7 % des missions exécutées. Pour une institution investie d’un rôle de prévention et de lutte contre la corruption, cette proportion constitue un indicateur stratégique faible donc à surveiller.
4. Répartition sectorielle et domaines de risque
Les missions clôturées couvrent notamment l’éducation (6 missions), l’habitat et l’urbanisme (4), les pêches et infrastructures portuaires et maritimes (3), la santé (2), l’élevage (2) et l’hydraulique-assainissement (2).
La commande publique constitue le principal domaine de risque : elle concentre 60 % de l’impact financier identifié, devant le recouvrement des recettes et créances (13 %), les obligations fiscales (8 %) et la gouvernance et le contrôle interne (6 %).
5. Fautes de gestion, fraudes et irrégularités
Le rapport distingue les faits susceptibles de revêtir une qualification pénale, les fautes de gestion et les dysfonctionnements administratifs et organisationnels. Cette distinction est pertinente car l’IGE effectue une qualification préliminaire, la qualification définitive relevant des autorités compétentes.
Les constats comprennent notamment des violations des règles de commande publique, des paiements pour équipements non livrés, des prestations ou travaux partiels, des contrats sans contrepartie, de la surfacturation, des déficits de caisse et des documents falsifiés.
6. Suites données aux irrégularités
Mesure Montant | nombre
Mesures préventives | 298 455 819 MRU
Réparations réalisées ou en cours | 524 479 739 MRU
Dossiers transmis aux autorités judiciaires/juridictionnelles | 1 217 205 389 MRU
Cour des comptes | 2 dossiers
Parquet | 2 dossiers
Cessation de fonction | 20
Mutation d’office | 3
Avertissement | 11
7. Suivi des recommandations
771 recommandations ont été formulées ; 420 ont été transmises ; 348 actions ont été planifiées ; 231 actions ont été exécutées. Le nombre d’actions exécutées représente environ 30 % des recommandations formulées.
Ce chiffre doit être interprété avec prudence car les catégories ne constituent pas nécessairement un dénominateur homogène, mais il met clairement en évidence l’importance du renforcement du suivi.
Le rapport prévoit à cet égard le déploiement d’une plateforme numérique de suivi des recommandations et insiste sur la nécessité de mesurer l’impact du contrôle par le degré de mise en œuvre des recommandations.
8. Diagnostic qualitatif :
Couverture des missions par rapport au périmètre potentiel de contrôle
Le nombre de 35 missions exécutées sur la période 2024–2025, soit une moyenne de 17,5 missions par an, doit être apprécié au regard de l’important périmètre potentiel de contrôle de l’Inspection Générale d’État (IGE).
Celui-ci comprend environ 30 départements ministériels, 60 sociétés publiques, 119 établissements publics et une trentaine de projets, soit un portefeuille global estimé à 239 entités, structures et projets.
Sur cette base, les 35 missions exécutées sur deux exercices représentent une moyenne annuelle de 17,5 missions, correspondant à environ 7,3 % du portefeuille potentiel par an. Les 28 missions clôturées, dont 11 en 2024 et 17 en 2025, représentent quant à elles une moyenne de 14 missions clôturées par an, soit environ 5,9 % du portefeuille potentiel par an.
À rythme constant et en raisonnant uniquement en termes de missions rapportées au nombre d’entités et projets, il faudrait ainsi théoriquement plus de 13 années pour réaliser un nombre de missions équivalent à l’ensemble du portefeuille identifié. Ce ratio constitue toutefois un indicateur théorique de capacité de couverture et ne saurait être assimilé à un véritable taux de couverture, dans la mesure où une mission peut porter sur plusieurs entités ou avoir une portée transversale.
La distinction entre missions nominatives et missions normatives, thématiques ou transversales est donc essentielle. Une mission normative ou transversale peut, par sa nature, couvrir plusieurs départements ministériels, établissements publics, sociétés publiques ou projets et avoir ainsi une portée beaucoup plus large qu’une mission nominative portant sur une seule entité.
Il serait dès lors particulièrement utile que les futurs rapports d’activité de l’IGE présentent séparément :
● le nombre de missions nominatives ;
● le nombre de missions normatives, thématiques ou transversales ;
● le nombre d’entités ou structures effectivement couvertes par chaque mission ;
● le nombre total de départements ministériels, sociétés publiques, établissements publics et projets effectivement contrôlés ;
● le taux de couverture de chacune de ces catégories ;
● le nombre d’entités ayant fait l’objet de plusieurs missions au cours de la période.
Cette approche permettrait de mieux apprécier non seulement la production de l’IGE en nombre de missions, mais surtout sa couverture effective du périmètre de contrôle, son intensité d’intervention et la portée réelle de ses travaux.
9. Conclusion
L’IGE mauritanienne a réalisé en 2024–2025 un travail quantitativement significatif et qualitativement solide, avec un impact financier important et des sanctions et réparations concrètes. Son principal défi n’est désormais plus seulement la capacité à détecter les irrégularités, mais la transformation systématique des constats en responsabilité financière, judiciaire et administrative effective.
Trois indicateurs méritent une attention particulière : d’une part, les 2,375 milliards MRU d’impact financier identifié au regard du faible nombre de dossiers transmis à la Cour des comptes et au Parquet ; en second le niveau encore limité de mise en œuvre des recommandations et enfin la faible part de l’auto-saisine dans les missions de 5,7% seulement.
Amar Khairy
Expert comptable
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